Personnellement j’y suis allé deux fois. Hier était la troisième, et à chaque fois, ce que fut la barbarie nazie de la seconde guerre mondiale me touche plus que les chiffres, ou encore les photos des camps. L’histoire de ces enfants de 4 à 17 voire 18 ans est touchante, plus que tout livre d’histoire ou tout témoignage, à tenter de saisir les bribes de vie des enfants et des éducateurs les accompagnant, on se perd dans la reconstitution imaginaire d’une vie poursuivant le rêve durant la guerre. Ces enfants loin de tout, de leurs parents, de leurs amis, de leurs vies d’avant-guerre, loin de la tranquillité de la paix et en même temps les poursuivant à travers des lettres, des jeux, des activités scolaires, sportives, une vie perdue qu’ils ne retrouveront pas, et surtout qu’ils ne reverront jamais. Une dialectique qui touche au plus profond de l’être, n’oublions pas ces enfants… Et… N’oublions pas non plus que derrière la sémantique de l’acte nazi : « barbare », « diabolique », « diable », « bestial », que les nazis étaient avant tout des hommes, que l’homme n’est pas fondamentalement mauvais, ni bon, mais qu’il le devient et n’oublions jamais ce qui put permettre que de tels évènements se produisent… N’oublions pas non plus que si la France peut aider à arrêter des activistes italiens au Brésil, que cette même France a attendu plus de 40 ans avant de juger des collaborateurs, des fascistes, et qu’elle n’a jamais réellement fait lumière sur une triste page de son histoire…

WWL (Dessin d'un enfant d'Izieu)

Evidemment nous avons déjà eu tellement de fois droit aux sempiternelles cérémonies de commémoration, etc. Mais attachons-nous à connaître les fragments de vie des enfants d’Izieu ou même d’ailleurs tenter de reconstituer toute leur vie, et cela nous touchera plus que l’égrénation de statistiques. Un autre homme tristement célèbre et que bien sûr il nous faut condamner, ne serait-ce que par le principe de goulag, Staline, disait : « La mort d’un homme est une tragédie, celle de millions, une statistique. » Derrière l’affligeant manque de compassion de cet homme, il y a la réalité de la pensée humaine, et c’est celle-ci que la Maison des enfants d’Izieu contredit, en faisant de ces 44 enfants et ces 7 éducateurs une tragédie et plus largement transformant définitivement le génocide des juifs, tziganes, opposants politiques, etc. en un évènement dépassant la simple statistique, c’est en cela que nous prenons réellement conscience de ce que fut le nazisme…

Janine, résistante et membres des Jeunesses Communistes lors de la Seconde Guerre Mondiale a ces paroles : « Rêvons de ce qu’auraient pu être ces enfants : un grand savant, un agriculteur dans son pays d’origine, un ingénieur, un homme, une femme… Rêvons et ainsi nous ferons perdurer la mémoire de ces enfants. »

« Résister c’est créer, créer c’est résister » (Lucie Aubrac, son mari et d’autres résistants).